Échec de la répression

Client : VOIR MONTRÉAL
Titre : BPM (2000 – 2004)
Fréquence : hebdomadaire
Date : 21 novembre 2002
Service : Chronique écrite
Format : Article imprimé et en ligne

Étienne Côté-Paluck

Les deux paliers de gouvernement parlent depuis quelque temps de la décriminalisation des drogues douces et de piqueries légales. Après bien des atermoiements, ils se seraient rendu compte que la répression, contrairement à l’éducation, n’engendre aucune diminution de la consommation des drogues. Pourtant, il semble que la police municipale fasse cavalier seul en exerçant des pressions sur la Ville de Montréal afin que celle-ci augmente les mesures répressives destinées aux partys-raves. Organisme communautaire d’intervention sociale relativement aux psychotropes, le GRIP-Montréal agite le drapeau blanc.

Depuis bientôt six ans, le Groupe de recherche et d’intervention psychosociale (GRIP) informe les gens sur les drogues dans le milieu des fêtes technos et dans certaines écoles. Dans un esprit communautaire et pédagogique, il installe des kiosques dans les partys, où il distribue de l’information sur les différentes propriétés des substances psychotropes ainsi que leurs effets. « On est au courant de certaines mesures que la police propose à la municipalité, s’inquiète Jean-Sébastien Fallu, président et fondateur du GRIP-Montréal et chercheur universitaire. Le Service de police a en effet demandé à la Ville d’instaurer un règlement qui rendrait obligatoire une fouille systématique à l’entrée de chaque rave (pour la drogue, donc jusque dans les souliers!), d’imposer un âge minimum de 18 ans, et d’assurer la présence de pharmaciens pour isoler les médicaments des drogues, et d’agents doubles pour patrouiller la fête. Tout ceci serait aux frais des promoteurs. » Selon Fallu, il semble en fait que les policiers montréalais veuillent donner force de loi à une entente très médiatisée à l’été 2001 avec les Productions 514. On se souviendra de la poignée de main entre le promoteur Ricardo Cordeiro et le policier Jean-Guy Gagnon parue dans Le Journal de Montréal à la suite de l’accord conclu pour la présentation du party Oasis au Centre Molson. Si cette entente était en vigueur, tous les partys, quelle que soit leur ampleur, se verraient forcés d’appliquer des règles qui frôlent la restriction des libertés civiles (fouilles excessives et non justifiées, harcèlement, etc.). Il semble que les modalités de cette future réglementation soient en négociation entre des instances municipales et gouvernementales, confirme Fallu. « On ne consulte même pas les gens du milieu qui ont réfléchi à la question, comme le GRIP. Par exemple, cette conférence de presse de Ricardo et la police de la Ville annonçait des règles répressives sans aucune obligation des promoteurs envers les participants au rave (eau courante, etc.). Ils semblent réfléchir à un règlement, mais le font sans consulter les personnes concernées; celui-ci risque donc d’être très d’être mal reçu. »

En fait, une réglementation qui ne reflète pas la réalité ne sera pas respectée, et c’est ce qui inquiète encore plus le GRIP-Montréal. On semble ignorer les conséquences engendrées par la répression massive à Toronto ou dans l’État de la Floride: en plus des gigantesques manifestations, les partys clandestins insalubres ont connu une augmentation fulgurante. « Nous sommes préoccupés par certains éléments, telles les fouilles systématiques et exhaustives à l’entrée, qui peuvent avoir des effets néfastes sur la criminalisation des jeunes consommateurs, ou obliger les participants au rave à se procurer de la drogue à l’intérieur sans en connaître ni la provenance ni la composition. Ou encore, imaginez si les gens se mettent à gober deux ecstasys et trois speeds dans la file d’attente pour ne pas se faire prendre… La répression ne fonctionne pas, elle empire la situation. » L’organisme, dont le mandat est de promouvoir une attitude responsable face aux risques d’une consommation irréfléchie, organise un événement de soutien ce vendredi 22 novembre à la SAT, dès 17 h. On y retrouvera la participation bénévole des D.J. Fred Everything, G O’Brien, Mateo Murphy, Mini, Pfreud, Saturnin, Seko et Tao-Nhan, en plus d’une dizaine de V.J. Information: gripmontreal.org.